L'erreur classique : arriver sur le plateau avec le scénario dans la tête et les plans dans les yeux — sans aucun document structuré. La journée commence, et personne ne sait exactement dans quel ordre on tourne, qui est convoqué à quelle heure, où se trouve le matériel. Résultat : deux heures perdues dès le matin, une équipe démoralisée, et un plan de tournage qui vole en éclats avant même que la caméra s'allume.
Les documents de préproduction ne sont pas de la bureaucratie — ce sont des outils de communication. Ils permettent à toute l'équipe, même réduite à 2 ou 3 personnes, de travailler en synchronisation sans que le réalisateur ait à tout expliquer verbalement à chaque instant.
1. Le script breakdown (ou dépouillement)
C'est le document de base à partir duquel tous les autres sont construits. Le script breakdown est une analyse scène par scène du scénario qui liste pour chaque scène :
Le breakdown se fait sur papier ou sur un tableau (Google Sheets suffit). Son objectif : transformer le scénario en données de production. Vous ne travaillez plus avec un récit — vous travaillez avec une liste de ressources à mobiliser.
En AOF : ajoutez dans votre breakdown une colonne "contraintes spécifiques" — accès au décor (autorisations ? frais ?), disponibilité des acteurs selon les horaires de prière, chaleur maximale selon l'heure de la journée, disponibilité de l'électricité.
2. Le plan de tournage (ou planning de tournage)
Le plan de tournage est l'ordonnancement des scènes à filmer — pas dans l'ordre du scénario, mais dans l'ordre le plus efficace pour la production. La règle fondamentale : regrouper par décor.
Si votre film comporte 3 scènes dans la boutique du marché, vous les tournez toutes le même jour — même si elles sont réparties dans le scénario entre l'acte 1 et l'acte 3. Vous ne montez pas et ne descendez pas deux fois pour le même décor.
Le plan de tournage indique :
Un jour de tournage "normal" pour un petit plateau AOF : 3 à 5 pages de scénario. Au-delà, vous risquez la fatigue d'équipe et la précipitation.
3. La shot list
La shot list est la liste détaillée de tous les plans à tourner dans la journée — ou dans la scène. Elle est produite par le réalisateur et indique pour chaque plan :
La shot list est l'outil de travail du réalisateur sur le plateau. Elle lui permet de savoir à tout moment où il en est et ce qui reste à tourner. Sans shot list, on improvise les plans — et on oublie systématiquement les plans de coupe qui sauveront le montage.
En AOF : prévoyez toujours 20% de plans de coupe supplémentaires dans votre shot list. Le tournage en conditions AOF (lumière changeante, acteurs en retard, décors modifiés) produit souvent des scènes incomplètes que seuls les plans de coupe peuvent sauver au montage.
4. La call sheet
La call sheet est le document de convocation envoyé à l'équipe la veille du tournage. Elle contient toutes les informations nécessaires pour que chacun arrive au bon endroit, à la bonne heure, avec le bon équipement.
Une call sheet standard inclut :
La call sheet se distribue par WhatsApp ou e-mail — pas le jour du tournage, mais la veille avant 20h.
Ces quatre documents se produisent dans l'ordre suivant :
Aucun de ces documents n'est optionnel. Sur un tournage de 1 à 5 personnes, ils peuvent être simplifiés — mais pas supprimés. Le temps investi en préproduction sur ces documents se récupère plusieurs fois sur le plateau.
Solutions gratuites :
Solutions professionnelles :
En AOF : Google Sheets et Google Docs fonctionnent avec une connexion internet minimale et sont accessibles sur mobile — ce qui est crucial pour les équipes qui ne travaillent pas toutes depuis un bureau fixe.
Pour votre prochain tournage (même un exercice), produisez les 4 documents dans l'ordre indiqué. Commencez par le breakdown de votre scénario — même si c'est 3 pages. Observez ce que ce travail révèle sur votre production que vous n'aviez pas vu à la lecture du scénario.