Posez une photographie devant dix personnes et demandez-leur ce qu'elles en pensent : neuf répondront « elle est belle », « elle est triste », « elle est forte ». Une seule commencera par dire ce qu'elle voit. Cette personne-là a un avantage énorme sur un plateau : elle peut transmettre ce qu'elle a vu à quelqu'un qui n'a pas l'image sous les yeux. Les neuf autres transmettent une émotion, pas une information.
Un constat est vérifiable par une autre personne regardant la même image : le cadre est serré sur le visage, la lumière vient de la gauche, il n'y a qu'une seule couleur dominante, le regard du sujet ne croise pas l'objectif. N'importe qui, en regardant l'image à votre place, arrivera aux mêmes constats — parce qu'ils sont dans l'image, pas dans vous.
Une impression, elle, dépend de vous : cette image vous semble mélancolique, forte, dérangeante, apaisante. Elle peut être juste, elle peut même être partagée par beaucoup de monde, mais elle n'est pas vérifiable de la même manière qu'un constat. Deux personnes honnêtes peuvent avoir deux impressions opposées devant la même image sans que l'une ait tort.
Le problème, ce n'est pas d'avoir des impressions — vous en aurez toujours, et c'est même une part importante du travail de mise en scène que de savoir ce qu'une image vous fait. Le problème, c'est de ne dire QUE l'impression, et de sauter le constat qui la rend transmissible.
Voici l'ordre à respecter, à l'écrit comme à l'oral, chaque fois que vous décrivez une image pour un usage de travail.
1. Le cadre. Que contient-il, que ne contient-il pas ? Qu'est-ce qui est visiblement coupé par les bords ?
2. La composition. Où est placé le sujet principal — au centre, décalé, en hauteur, en bas du cadre ? Qu'est-ce que cet emplacement fait au regard : où vos yeux vont-ils en premier, où vont-ils ensuite ?
3. La lumière et la couleur. D'où vient la lumière — une source identifiable ou une lumière diffuse sans direction repérable ? Y a-t-il une couleur ou une gamme de couleurs dominante ?
4. Ce qui manque. Qu'est-ce que l'image ne montre pas et que vous vous attendriez à voir ? C'est souvent la question la plus révélatrice, et la plus souvent oubliée.
Ce n'est qu'après ces quatre étapes que vous avez le droit de dire ce que l'image vous fait — et à ce moment-là, votre impression aura de la valeur, parce qu'elle s'appuiera sur des éléments que vous venez de nommer, pas sur une intuition qui reste dans votre tête.
Cette méthode de description en quatre temps n'est pas propre à la peinture, à la photographie, à la BD ou à la musique — elle traverse tout ce cours, chapitre après chapitre. Vous l'appliquerez à un tableau, à un portrait de studio, à une planche dessinée, et, en version adaptée à l'oreille, à un son. C'est l'outil le plus simple et le plus réutilisable de ce cours : il ne demande aucune connaissance préalable, seulement de la discipline dans l'ordre des phrases.
La leçon suivante applique cette méthode à deux images très différentes en apparence — un tableau européen du XVIIe siècle et un portrait de studio ouest-africain — pour montrer qu'elles répondent aux mêmes questions.