Un extrait de règlement, formulation courante : « Le film ne doit pas avoir été projeté publiquement, y compris en ligne, avant sa présentation au festival, dans le pays de [zone visée]. » Cette phrase, ou une variante très proche, figure dans la quasi-totalité des règlements de festivals qui organisent une compétition officielle. Elle porte sur une notion centrale de ce cours : la première, le premier passage public d'un film à une échelle donnée. Un réalisateur qui ne comprend pas cette mécanique peut, sans le vouloir, épuiser en une seule soumission mal placée une ressource qu'il ne pourra plus jamais reconstituer pour ce film.
Une première se décline à trois échelles emboîtées. La première mondiale est le tout premier passage public du film, toutes zones confondues — c'est la plus rare et la plus recherchée par les festivals de haut niveau, parce qu'elle leur permet de dire qu'ils révèlent le film au monde. La première internationale suit une première nationale déjà eue dans le pays d'origine, mais reste la première hors de ce pays. La première nationale est le premier passage dans un pays donné, même si le film a déjà été montré ailleurs dans le monde. Un festival exige en général l'une de ces trois échelles pour sa compétition, rarement plus — la première mondiale n'étant réclamée que par un nombre restreint de festivals qui se positionnent explicitement sur ce terrain.
Un festival qui obtient une première mondiale ou internationale en tire un bénéfice direct : de la visibilité médiatique, un argument pour attirer des professionnels, une preuve de son influence dans le repérage de nouveaux films. C'est un actif pour le festival, au même titre qu'une salle bien remplie ou un jury prestigieux. C'est pour cette raison que l'exigence de première figure presque toujours dans les toutes premières lignes d'un règlement, et qu'elle est vérifiée avec sérieux — une projection en ligne oubliée, même confidentielle, même non monétisée, peut suffire à disqualifier un film qui prétendait à une première.
Une première se consomme une seule fois, à chaque échelle. Un film projeté dans un festival local avant d'avoir tenté un festival de première a, de fait, épuisé sa première nationale — et selon la formulation du règlement du second festival, potentiellement son éligibilité à une compétition qui l'exigeait. Ce n'est pas réversible : aucune négociation ne restitue une première déjà consommée. C'est la raison pour laquelle ce cours consacre tout un chapitre à l'ordre dans lequel les soumissions doivent être envoyées — la leçon 2.2 détaille comment construire ce calendrier pour préserver, le plus longtemps possible, l'accès aux festivals qui exigent une première.
Il serait faux de conclure que toute soumission doit être précédée d'un calcul anxieux sur la première. De nombreux festivals — panoramas, sections hors compétition, festivals de proximité — n'exigent aucune première et accueillent volontiers des films déjà en circulation. La leçon 2.1 distinguera précisément les festivals de première, de circulation et de proximité : seuls les premiers imposent cette contrainte de calendrier stricte, et une stratégie de sélection intelligente ne traite pas tous les festivals de la même façon sur ce critère.
La dernière leçon de ce chapitre vous apprend à lire un règlement de festival dans son ensemble — éligibilité, durée, ancienneté, exploitation antérieure — à partir d'un cas réel où la source officielle se contredit elle-même.